Démarche artistique

Une peinture
de l'espace intérieur

Ma pratique prend racine dans une attention soutenue portée aux états transitoires — ces instants suspendus où la lumière ne révèle plus l'objet, mais sa dissolution. Je peins moins ce qui est visible que ce qui demeure lorsque la visibilité vacille.

La toile est d'abord un terrain d'expérimentation sensible. J'y accumule les couches, les traces, les gestes — certains couverts, d'autres laissés à découvert — construisant une archéologie du temps propre à chaque tableau. La matière elle-même devient porteuse de sens : l'empâtement qui résiste, le glacis qui laisse transparaître, la réserve qui suggère ce que le pinceau n'a pas touché.

Entre figuration et abstraction, mes œuvres habitent un espace interstitiel. Des formes émergent et se dissolvent, des horizons se devinent sans jamais s'affirmer. Je cherche une peinture qui demande du temps au regard — qui se dérobe à la première lecture et se déploie lentement, comme une mémoire qui revient.

L'atelier est un lieu d'écoute. Je travaille en séries, laissant les toiles dialoguer entre elles au fil des mois, chacune informant les suivantes de ses réussites comme de ses impasses. Ce sont ces allers-retours — entre maîtrise et abandon, entre intention et accident — qui définissent le rythme de mon travail.

« Peindre, c'est apprendre à voir ce qu'on ne regardait plus. »

— Marie-Ève Tanguay